NOUVELLE FORMULATION DU NOTRE PERE

L’homélie du P. Philippe WARGNIES de ces 20-21 mai 2017

Église St Jean Berchmans – 6ème dimanche de Pâques A – 21 mai 2017
Homélie du Père Philippe Wargnies sj

Frères et Sœurs,
À deux semaines de la Pentecôte, les trois lectures de ce dimanche nous parlent toutes trois de l’Esprit Saint, comme pour déjà ouvrir nos cœurs à sa venue.
- Dans la première lecture, nous avons entendu qu’à l’enthousiasme missionnaire du diacre Philippe répond la conversion de Samaritains. Celle-ci pousse les Apôtres à envoyer là-bas, de Jérusalem, Pierre et Jean, lesquels, imposant les mains aux Samaritains fraîchement baptisés, leur donnent d’être confirmés dans leur foi naissante en recevant l’Esprit-Saint. L’Esprit prodigue ainsi de plus en plus largement ses dons.
- Dans la deuxième lecture, Pierre nous rappelle comment Jésus est en mesure de nous introduire devant Dieu car il a été « vivifié dans l’Esprit », dit Pierre. Cette affirmation, « vivifié dans l’Esprit », signale le rôle décisif, dans la résurrection du Christ, de l’Esprit, « qui est Seigneur et qui donne la vie », comme nous le confessons dans le Credo.
- L’évangile, lui, nous remémore la promesse de Jésus à ses disciples avant sa Passion : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité… ».
La Parole de Dieu nous dispose ainsi à accueillir l’Esprit, qui sans cesse vient nous confirmer nous aussi sur le chemin de notre vie chrétienne, nous vivifier là où celle-ci s’attiédit, nous faire avancer toujours plus dans la Vérité de Dieu. L’Esprit de Pentecôte va venir actualiser la présence de Jésus, qui nous redisait dimanche passé : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».


C’est par ailleurs à partir de la Pentecôte qu’à l’invitation des Évêques nous utiliserons la nouvelle traduction du Notre Père. Elle nous invite à dire, non plus : « et ne nous soumets pas à la tentation », mais bien : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Je voudrais m’y attacher quelque peu, pour que nous percevions l’enjeu du changement proposé.
Nos évêques mesurent bien ce que peut représenter cette modification pour la mémoire et l’affectivité des fidèles habitués à la récitation – fréquente, espérons-le – de la prière chrétienne par excellence. Ce n’est pas à la légère qu’ils proposent cette nouvelle formule. Pour quelle raison ? Il faut reconnaître que la traduction utilisée jusqu’ici risquait d’induire une mauvaise compréhension de la demande enseignée par Jésus à ses disciples. Et si l’on peut proposer une traduction à la fois fidèle et moins ambiguë, il faut avoir la simplicité et l’honnêteté de le faire.
Avant la réforme conciliaire – les moins jeunes parmi nous s’en souviennent –, on disait : « et ne nous laissez pas succomber à la tentation ». C’était en fait assez proche de la nouvelle formule « et ne nous laisse pas entrer en tentation ». La traduction « et ne nous soumets pas à la tentation », elle, est en usage depuis 1966. Mais il faut écarter l’idée que Dieu lui-même pourrait nous soumettre à la tentation. Saint Jacques, dans la lettre qu’il nous a laissée, nous le dit très clairement : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ‘Ma tentation vient de Dieu’, Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (Jc 1,13).
Pour faire comprendre la difficulté de traduction de ce verset, permettez-moi d’être pendant quelques minutes un peu technique. Deux difficultés se présentent :
- d’une part la juste compréhension du mot rendu par « tentation » ;
- d’autre part la traduction du verbe dont il dépend, pour lequel il faut préférer « ne nous laisse pas entrer dans » à « ne nous soumets pas à ».
● Concernant le substantif tentation et le verbe tenter, ils peuvent avoir différentes portées dans la Bible. La base de leur signification, c’est l’idée de « mettre à l’épreuve » (le verbe grec peirazô).
- Cela peut, dans certains cas, s’entendre en un sens positif. Surtout lorsque l’épreuve nous vient de la part de Dieu, qui vise par là à purifier la foi de celui qu’Il éprouve, à l’amener à une confiance plus radicale en Lui. Ainsi, à propos du sacrifice d’Isaac demandé à Abraham, l’auteur nous dit, au seuil du récit : « Il arriva que Dieu éprouva Abraham » (Gn 22,1) : la suite du récit nous fait comprendre que Dieu ne voulait pas conduire Abraham à un geste épouvantable, bien sûr, mais plutôt l’amener à un abandon extrême dans la foi. Ou bien, dans l’évangile de Jean, lorsque Jésus, voyant les foules nombreuses le suivre au désert, dit à Philippe : « D’où achèterons-nous des pains pour qu’ils mangent ? » (Jn 6,5), l’évangéliste précise : « Jésus disait cela pour tenter Philippe (l’éprouver : c’est le même mot), car lui savait ce qu’il allait faire ». De nouveau, le but est, positivement, de permettre à Philippe de grandir dans sa confiance en Jésus.
- Mais la mise à l’épreuve peut venir du mauvais ou de ceux qu’il séduit. C’est alors la tentation dans le mauvais sens du terme. Il est dit par ex. que le peuple, dans la traversée du désert, éprouve Dieu, le « tente » par son incrédulité, qu’il met à rude épreuve la patience divine par son péché, notamment dans l’épisode du veau d’or. Le psaume 94 (95) s’en souvient, dans lequel Dieu dit : « N’endurcissez pas vos cœurs comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères me tentaient, alors qu’ils me voyaient agir » (v. 8.9). Le récit des tentations de Jésus au désert, en Mt, Mc et Lc, utilise bien sûr le verbe tenter avec cette connotation négative, pour rapporter la manière d’agir du diable.
Dans la prière du Notre Père, c’est bien cette tentation, cette mise à l’épreuve négative que nous demandons à Dieu de nous faire vaincre, dans le combat spirituel contre le mauvais. Du reste, la demande « ne nous laisse pas entrer en tentation » va de pair avec celle qui suit dans la prière du Notre Père : « Mais délivre-nous du mal » (ou du Mauvais).
● Venons-en au verbe désormais rendu par « ne nous laisse pas entrer en » : il faut l’entendre au sens de « ne nous laisse pas consentir à, succomber à » : la foi en Jésus ne nous empêche pas d’être tentés, puisqu’il le fut lui-même. Mais sa grâce peut nous aider à ne pas entrer en connivence, en complicité avec la tentation jusqu’à y céder. C’est ce que nous demandons ici.
Les évangiles ont été écrits en grec, ce qui constitua un grand atout pour leur diffusion dans le monde d’alors. Mais Jésus a appris le Notre Père à ses disciples en araméen, la langue qu’ils parlaient. Dans cette langue, la conjugaison des verbes présente une particularité qui nous intéresse ici, à savoir la forme « causative » (‘Hifil’) que l’on peut donner au verbe : par ex., le verbe « tomber » peut être conjugué dans sa forme causative, qui veut alors dire : « faire tomber », « causer la chute de ». Ou bien, le verbe simple « venir » acquiert le sens de « faire venir », dans sa forme causative. Selon les spécialistes, Jésus a dû utiliser une forme causative pour nous faire demander au Père ce que nous voulons que le Père fasse pour nous : « Père, fais que… (ceci ou cela) ». Mais là où Jésus, grâce à la forme causative, n’avait besoin que d’un mot, la traduction française doit en utiliser deux : par ex. : « faire / venir » ou « faire / entrer ». Dès lors se pose la question de la négation : sur lequel des deux mots va-t-on la faire porter ? Sa place peut en fait tout changer : il est très différent de comprendre « faire qu’on ne tombe pas » ou bien « ne pas faire tomber ». En l’occurrence, l’idée, c’est bien de demander « fais que nous ne succombions pas », et non pas « ne fais pas que nous succombions », comme si Dieu pouvait vouloir nous faire chuter ! La traduction « ne nous soumets pas à » risquait de favoriser cette mauvaise compréhension. C’est pourquoi il vaut mieux en adopter une meilleure.
Frères et sœurs, il peut arriver que Dieu nous éprouve positivement, pour nous faire grandir. Mais par ailleurs nous éprouvons tous des tentations du mauvais qui peuvent nous conduire au péché. Ne nous en effrayons pas : Jésus lui-même a subi les assauts du tentateur. Il nous dit de demander à notre Père, non pas de nous épargner toute tentation, mais de ne pas nous laisser entrer dans celle-ci, de nous aider à garder nos distances, de recevoir de Lui la force d’y résister. Jésus était le mieux placé pour nous enseigner cette demande, lui qui, au désert et dans toute sa vie, a puisé dans sa relation aimante au Père la force de sa fidélité. Et le Père nous aime assez pour entendre notre demande, notre prière sincère : « Père, ne nous laisse pas entrer en tentation ». Que nous ne cherchions pas à la vaincre par nos seules forces, mais qu’avec humilité nous demandions l’aide de notre Père céleste. Et que l’Esprit de Pentecôte, dans quinze jours, nous fortifie en ce sens. Amen.

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